[thé ou ciné ?] D’après une histoire vraie.

Aujourd’hui, j’inaugure ma première critique cinéma sur le site. J’avais prévu de les faire en vidéos à la base, mais je ne suis pas encore très à l’aise avec cet outil et surtout la partie montage reste contraignante et peu aboutie pour vous rendre un rendu final potable. Je vais donc commencer doucement via le support écrit pour vous écrire mes impressions cinéma.

Pour ce premier avis, je vais vous parler du film de Roman Polanski.

Ayant lu et aimé le roman éponyme de Delphine de Vigan , j’attendais cette adaptation au tournant qu’importe le réalisateur qui allait s’y frotter. En évinçant les affaires tournants autour du réalisateur, je connais peu la filmographie de Polanski hormis La Neuvième Porte et Le Pianiste. Je ne jugerais que le film en soi.

Histoire d’une amitié ambiguë et toxique entre deux femmes, le bagage d’origine avait un potentiel énorme pour un film sympathique.

Pourtant, le film se rate.

 

 

Les qualités

 

  • Eva Green

C’est elle qui sauve une partie du film par son interprétation du personnage de Elle. Bien que je ne l’ai pas trouvé au mieux de sa forme et que ce personnage ne lui nécessite pas vraiment d’effort, j’ai trouvé sa prestation tout à fait correct. Elle illumine les scènes quand elle apparaît, elle sait justement doser les attitudes maternelles, séductrices et d’autres plus menaçantes avec un sourire figé. Bien que c’est pas le physique que j’aurai imaginé pour Elle à la lecture, la réappropriation du personnage reste assez fidèle dans certaines de ses répliques et actions.

  • La mise en scène particulièrement au niveau des lumières et de la prise de vue

Etant face à un film psychologique évoluant dans un environnement réaliste et peut-être connu pour les parisiens (le film étant tourné à Paris), il est important de savoir filmer des détails anodins du quotidien des personnages  afin de cerner  leurs buts et leurs caractères. Et ce film joue très bien dessus. J’ai adoré les passages où on est immergé  dans le quotidien de notre héroïne écrivaine :  qui écrit sur des carnets, prends des notes sur des post-it, allume son ordinateur, écrit ou au contraire frissonne devant son clavier selon les moments de doute. Le cadrage reste dynamique dans l’ensemble. Polanski, à l’image de son couple d’héroïnes, joue beaucoup sur la dualité des cadres. On retrouve beaucoup de moments discrets mais appréciables sur ce thème : le moment où Elle s’installe chez Delphine, où elles se retrouvent dos à dos durant la scène de discussion dans la chambre ; la discrète métamorphose d’Elle en Delphine qui porte peu à peu le même style vestimentaire que l’héroïne ou encore quand elles ferment en même temps leurs portes de chambre, filmés dans un même cadre. C’est discret mais plaisant. La lumière est naturel, met en valeurs ces héroïnes réalistes.

 

 

 

Les défauts

 

  • Delphine, l’héroïne principale

Je n’ai pas eu l’occasion de visionner beaucoup de films avec Emmanuelle Seigner à part Dans la maison, film de François D’Ozon que j’avais moyennement apprécié. Du coup, je ne peux pas trop juger ses talents d’actrice dans son ensemble mais pour ce film elle m’a très moyennement convaincue. Mais toujours est-il que Delphine est une héroïne à laquelle on n’attache aucune importance. Elle n’arrive ni à nous émouvoir, nous à nous attendrir…son sort nous importe peu. Du coup, toute son histoire malgré sa relation de couple et son attachement envers ses enfants ne nous semble pas crédible et encore moins intéressante. Plate, réagissant comme une adulte en crise de la quarantaine, on perd beaucoup au changement par rapport au livre d’origine. Le film ne nous laisse pas le temps de comprendre ses angoisses de façon plus approfondie, ni ses doutes, ni son soudain attachement pour Elle tellement qu’on nous donne peu d’éléments d’explications sur son passé et ses aspirations futures. Du coup, on décroche facilement du film.

 

  • Le parti pris de narration

Quand on lit le roman, l’héroïne nous prend déjà à parti dès les premières pages en nous soulignant bien que cette histoire n’est pas vraiment la sienne. Elle tente à travers ce récit se reconstruire après une période difficile. Elle nous met en garde sur le personnage d’Elle tout en insistant sur le charisme énigmatique et aussi sa cruauté imprévisible. Tout en décrivant soigneusement les différents événements : de sa rencontre à la soirée en passant par les nombreux rendez-vous dans le café et leur cohabitation dans l’appartement, le lecteur est toujours au plus proche de l’héroïne car tout nous ai offert à travers son regard direct et indirect sur les différentes scènes, tel un narrateur omniscient. Et c’est ce qui nous permet, nous lecteurs, de comprendre comment elle s’est faite manipuler, pourquoi elle est fragile psychologiquement au début de sa rencontre avec Elle, comment l’emprise de celle-ci s’installe peu à peu. Bien qu’on soit prévenus à chaque chapitre, le lecteur se laisse aussi berner car la description des scènes fait qu’on arrive quand même à croire en cette amitié en apparence saine.

De part son support, le livre prend plus le temps d’installer les enjeux. Ici le film va trop vite et surtout à commis l’erreur, selon moi d’adopter une façon trop classique de raconter cette mésaventure, en partant du fait que le spectateur ne connait pas le livre d’origine. Qu’il découvre en même temps que Delphine le sombre de personnage de Elle. Sauf que ça ne marche pas à la fois pour le connaisseur du roman comme moi ( connaissant déjà tous les événements avant) qui ne sera nullement surpris restant en marge du film et le spectateur qui découvre l’histoire de façon brute mais qui ne comprendra pas pourquoi l’héroïne est si naïve  car le passé de Delphine est vite expédiée.

Certaines scènes sont librement adaptées du bouquin comme celle de la rencontre ( qui pour moi perd tout son charme dans le film car on découvre le visage de Elle dès les 10 secondes du film en nous la présentant comme l’antagoniste dès le départ, débouchant sur la rencontre trop forcée) mais ce n’est pas un mal en soi. Mais cette première scène résume pour moi le défaut majeur du film, celui de ne pas avoir adopter une voix off. De même, les premières pages du bouquin nous dit que c’est durant cette rencontre avec les lecteurs, qu’on peut voir dessiner l’état psychologique fragile de Delphine : du fait qu’une fan trop accro à sa littérature l’attaque verbalement et violemment car elle n’a pas obtenu sa dédicace tant espérée. Ici cette dame est remplacée par Elle dans le film… c’était quoi l’intérêt ? Une voix off aurait permis de décrire la douleur qu’a ressenti Delphine face à cette attaque  et pourquoi par la suite elle a accepté une soirée avec une amie de longue date pour se changer les idées. D’ailleurs, le livre permet aussi de réfléchir sur l’évolution des liens d’amitiés à l’âge adulte, pourquoi Delphine se protège mais en même temps cherche à retrouver ces liens qu’elle avait quand elle était adolescente, ce que le film oublie totalement et ne permet pas encore une fois de donner plus d’épaisseurs à l’héroïne. Ici les anciennes amies de Delphine sont totalement absentes et même que ses enfants, manquant ainsi la dimension psychologique indispensable pour ce type d’héroïne. Oui la durée du film ne le permet peut-être pas mais je pense que c’est primordial d’installer un minimum d’ambiance pour s’attacher à l’héroïne. Car même si la complicité des actrices et de leurs personnages est assez palpable à l’écran, le fait que le spectateur soit trop mis à l’écart de cette relation exclusive, on y perd tout l’intérêt psychologique pour le coup.

 

  • La gestion du suspense

Loin d’être un thriller, on reste dans un film psychologique qui veut offrir au spectateur un dénouement incertain grâce à la gestion du suspense : comment Delphine va pouvoir sortir de cette relation toxique ? Mais le film, trop classique dans sa mise en scène, joue vainement sur une musique d’ambiance un peu frissonnante vers la fin quand l’histoire se resserre de plus en plus sur un huit-clos. Le reste du temps tout est prévisible car les événements sont accélérés au détriment d’une mise en scène qui aurait pu prendre son temps pour développer la notion de manque, de dépendance de Delphine vis-à-vis de Elle, de prolonger la fascination pour cette femme.

 

 

Conclusion 

Adaptation décevante, le film reste trop classique dans sa mise en scène pour être mémorable.  

Ce qui faisait tout le sel de D’après une histoire vraie par Delphine de Vigan, était la mise en abyme de son propre personnage de romancière, entre réalité et fiction, autobiographie et mensonge littéraire. Ce trouble n’existe évidemment pas dans l’adaptation de Polanski qui reprend fidèlement les grands traits du livre sans avoir l’air de vraiment trouver de l’intérêt à son sujet. La tension entre l’écrivaine et sa nouvelle amie est très relative et contrecarrée par le jeu juste mais peu inspiré d’Eva Green. Point de fièvre érotique non plus dans les rapports entre les deux femmes qui permettait un rajout de mystère et il vaut mieux passer sous silence les seconds rôles comme celui de Vincent Perez, inutile à l’intrigue. D’après une histoire vraie n’est pas un désastre total parce que les actrices semblent y mettre du coeur dans leurs jeux malgré des dialogues parfois ridicules. Mais cela ne fonctionne pas y compris quand le film se teinte de fantastique avec un dénouement faible qui laisse vraiment sur une impression de gâchis d’un thème que le réalisateur aurait traité de façon bien plus efficace et fine.

Tournez-vite vers le roman d’origine pour mieux apprécier cette oeuvre ! 🦊

 

 

 

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